Yann Kermorgant, la fin d’une carrière riche en rebondissements…

À 38 ans, l’attaquant vannetais Yann Kermorgant a décidé de raccrocher les crampons. Avec plus de 400 matches disputés chez les pros, entre la Ligue 1, la Ligue 2 et le championnat d’Angleterre, le Breton aura réalisé une carrière riche, mais qui a bien failli ne jamais démarrer, en raison d’une leucémie durant l’adolescence. Coup d’œil dans le rétroviseur. Entretien

Yann, la saison de National 2 avec le Vannes OC est d’ores et déjà terminée. Était-ce votre dernière ?

Oui. C’est un peu embêtant de finir de cette manière, j’avais imaginé ça autrement, avec ma famille et mes amis pour le dernier match, mais c’est comme ça, il y a des choses plus importantes en ce moment… En tout cas, pour différentes raisons, il était déjà prévu depuis plusieurs mois que ce serait ma dernière saison. Mon épouse est en plus en création d’entreprise, donc au niveau du rythme de vie et des horaires par rapport aux enfants, cela devenait compliqué. On a consacré 15 ans de notre vie au foot, il était temps de rendre la pareille et de changer un peu les rôles. J’ai aussi connu pas mal de pépins physiques cette saison, c’était assez galère…
Si vous deviez retenir un moment de votre carrière, ce serait lequel ?
J’en ai plutôt trois. Avec Bournemouth, lors de l’avant-dernière journée de la saison 2014-2015, on recevait Bolton en match décalé, et si on gagnait, on était sûr à 99 % d’accéder à la Premier League (victoire 3-0). On monte ce soir-là. C’était grandiose. La deuxième, c’est lors de la dernière journée de cette même saison, c’était un signe, on jouait à Charlton, mon ancien club où j’avais passé des moments extraordinaires, avec une vraie osmose avec les fans. Donc boucler la boucle là-bas, avec un public de Charlton qui m’avait applaudi, supporté, c’était quelque chose de fou. C’était un grand moment (victoire 3-0). Enfin, j’avais toujours rêvé de jouer à Wembley une finale de playoffs pour monter en Premier League. Avec Reading, on avait battu Fulham en demi-finale, avant d’aller jouer la finale dans ce stade (en 2016-2017). J’avais l’impression de réaliser un autre rêve, c’était très émotionnel (finale perdue contre Huddersfield aux tirs au but).

« Je n’ai pas choisi la facilité, loin de là »
Avez-vous de regrets ?

Oui, forcément. Il y en a que je ne peux pas changer : celui d’être monté avec Bournemouth à un âge avancé (en 2015, à 34 ans) qui ne m’a pas permis d’avoir ma chance en Premier League (7 matches). J’ai aussi les boules d’avoir perdu aux tirs au but en finale des playoffs avec Reading contre Huddersfield (2016-2017). Il y a aussi eu une relégation avec Reims. Mais vivre avec des regrets n’est pas forcément une bonne chose. Il faut garder les bons souvenirs. Les mauvais font partie d’une carrière et permettent aussi d’avancer et de forger un caractère.

Êtes-vous fier de votre parcours ?
Oui, même si on peut toujours mieux faire. Des carrières sont meilleures que la mienne, mais il faut ne faut pas oublier non plus d’où je viens. Au final, j’ai aussi suivi mon instinct, pris des risques parce que je n’ai pas choisi la facilité, loin de là. Il y a des moments où j’avais des offres de contrat plus intéressantes, plus faciles à accepter, et j’ai pris des risques, c’est ce que je voulais. Je suis donc plutôt fier d’avoir ce parcours.

« J’ai vécu la vraie vie en dehors de la bulle du football »
En 1995, à 14 ans, alors que vous intégrez le centre de formation du Stade Rennais, vous êtes frappé par une leucémie. Est-ce que cette épreuve, qui a duré quatre ans, vous a rendu plus fort ? Il y a le « pour » et le « contre ». Cela m’a empêché, potentiellement, de frapper à la porte des pros quand on a 18 ans, et qu’on peut démarrer une carrière à 19 ou 20 ans. La mienne a commencé à 24 ans et plutôt lentement. Lorsqu’on arrive de CFA (Châtellerault) en Ligue 2 (Grenoble), on n’est pas tout de suite considéré comme un titulaire. Il faut du temps pour se faire sa place. Sur ce plan-là, ça m’a porté préjudice. Par contre, cela m’a servi dans ma vie. J’ai vu d’autres choses, j’ai fait des études à la Fac, j’ai vécu la vraie vie en dehors de la bulle du football.

Repensez-vous encore à ce combat contre la maladie ?
Pas forcément à la maladie. Mais je me suis toujours posé la question : quelle aurait été ma carrière si je n’avais pas eu ces problèmes de santé ? Est-ce que j’aurais été plus haut ? Je n’ai pas la réponse, donc ça ne sert à rien de trop réfléchir. Il faut se satisfaire de ce qu’on a.

À l’époque, on vous disait que vous n’alliez peut-être plus pouvoir marcher…

Après les lourds traitements de chimio pendant ma leucémie, j’ai eu des problèmes osseux. On m’avait dit que le foot était terminé, ou que j’allais peut-être seulement pouvoir rejouer avec mes copains dans le jardin. Quand je prévoyais de faire des études dans le sport, on m’avait même déconseillé, parce que je n’aurais pas été en capacité de faire du sport de manière trop intense…

Comment avez-vous retrouvé la force et le courage ?
À cet âge-là, ça m’a plus fait mal d’apprendre que je ne pourrai plus jouer au foot que réellement me dire que j’aurais pu y passer et ne plus être là… Mais je gardais toujours dans un coin de ma tête l’idée de reprendre le foot, mais pas forcément au haut niveau. J’ai donc repris étape par étape. Au début, pour le plaisir avec les copains, même si je galérais à faire un tour de terrain. J’étais alors loin de penser au haut niveau. Mais je me souviens d’une anecdote, je commençais à reprendre du poil de la bête et à me dire que je pouvais peut-être voir un peu plus haut. J’avais dit à mon meilleur pote : « dans deux ans, je suis pro ». Effectivement, j’avais signé à Grenoble ! Les six premiers mois, j’étais souvent remplaçant, je faisais des entrées. Mais cela m’avait boosté.

« Je galérais à faire un tour de terrain »

Après Grenoble et Reims, vous avez découvert l’Angleterre, à partir de 2009. C’était un rêve d’évoluer dans ce championnat ?

C’était soit la Ligue 1, soit l’Angleterre. Je devais rejoindre Valenciennes. Mais j’étais blessé depuis la fin de saison précédente et cela m’a porté préjudice. Je n’ai pas pu signer là-bas. J’ai donc tenté ma chance outre-Manche. Hormis ma première expérience un peu compliquée à Leicester, c’était génial dans les autres clubs, avec les supporters également.

Puis vous êtes rentré au bercail, à Vannes, durant l’été 2018…
La dernière saison avec Reading était très compliquée. Le coach, Jaap Stam, avec qui je m’entendais très bien, s’est fait limoger (au printemps 2018) et je n’ai pas du tout accroché avec son remplaçant (Paul Clement). Il me restait un an de contrat, mais j’ai senti que ça n’allait pas le faire pour la saison suivante (2018-2019), donc on est rentrés en France, c’était le moment.
Mais à la base, avant de rejoindre le Vannes OC, j’ai essayé de voir avec Lorient, Brest, pour rester dans le coin tout en jouant au haut niveau. Parce que hormis la saison 2017-2018, j’avais fait une grosse saison l’année précédente en jouant presque tous les matches. Je pouvais encore faire un an ou deux au haut niveau. Physiquement, ce n’était pas un souci, ce n’est pas la même intensité en L2 qu’en Championship. Et j’étais libre et prêt à faire de gros efforts financiers. Mais je n’ai pas eu de retours positifs. À Lorient, j’avais vraiment fait un appel du pied. C’était parfait pour moi. Ce n’était pas un « non » ferme au début, mais finalement, Mickaël Landreau avait décidé de garder ses deux attaquants (Hamel et Courtet), à ma grande déception. Cela aurait été un rêve, mais cela ne s’est pas fait…
Désormais, quels sont vos projets ?

Mon épouse va ouvrir son magasin de décoration d’intérieur à Vannes. Je vais l’accompagner. Puis j’ai des projets immobiliers en cours. Je vais m’occuper aussi de mon fils au club à Ménimur. On verra ensuite les autres projets. Mais ce ne sera pas forcément dans le foot.

Yann Kermorgant en bref
Parcours amateur : Vannes OC (2002-2004), SO Châtellerault (2004-2005), Vannes OC (2018-2020).

Parcours professionnel : Grenoble (L2, 2005-2007), Reims (L2, 2007-2009), Leicester (D2 anglaise, 2009-2010), Arles-Avignon (L2, 2010-2011), Charlon (D3-D2 anglaise, 2011-2014), Bournemouth (D2 anglaise, Premier League, 2013-2016), Reading (D2 anglaise, janvier 2016-2018).

Maxime RAY, Président du VANNES OLYMPIQUE CLUB, remercie Yann Kermorgant pour ses deux dernières saisons au VOC et salue sa remarquable carrière au niveau professionnel.
🙏🏻💬 « Je souhaite remercier, à titre personnel et au nom du club, Yann pour son apport au VOC au cours de ses deux dernières saisons. Je tiens à souligner son état d’esprit irréprochable et une mentalité professionnelle source d’inspiration pour les jeunes joueurs. Ses buts et son style ont régalé les publics français et d’outre-manche. Lorsque les conditions sanitaires le permettront, le club organisera un match de gala afin de rendre hommage à la carrière de ce professionnel accompli. »

Auteur de l’article : Michel Quendo